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PRESENTATION DE L’ETHIOPIE ET DE SA CAPITALE ADDIS ABEBA.
Situation géographique et population : un pays de contrastes

Carte 1 : Carte de localisation de l’Ethiopie. Source : AUBERT M., 1995, Introduction à l’Ethiopie, Guides Olizane
L’Ethiopie, République Fédérale d’Ethiopie, se situe dans la Corne de l’Afrique avec pour pays frontaliers, au Nord-est l’Erythrée, au Nord-ouest et à l’Ouest le Soudan, au Sud-est la Somalie et au Sud-ouest le Kenya. L’Ethiopie, dont la superficie est de 1 137 000 km2, est un pays de grande diversité géographique avec des montagnes élevées et escarpées, des plateaux, des gorges profondes, des vallées profondément creusées par des rivières et des plaines accidentées. Le relief principal du pays est un plateau très élevé au centre, bordé de plaines basses. Le point culminant de ces hauts plateaux éthiopiens est le Ras Dashen (4620 m). La proximité de l’Equateur et les grandes différences d’altitude créent une grande variété de climats allant du froid continental au tropical en passant par le tempéré et le sub-tropical. L’Ethiopie connaît trois saisons : une courte saison des pluies (le « Belg ») de février à mai, une saison des pluies caractérisée par de fortes pluies (le « Keremt ») de mi-juin à Septembre et une saison sèche (le « Bega ») d’octobre à janvier. Les températures moyennes se situent entre 16 et 27°C. Le pays connaît régulièrement des moussons tropicales faisant de lui un château d’eau : il donne naissance au Nil bleu, aux fleuves du Kenya (Omo) et de la Somalie (Juda et Shebelle).

Carte 2 : Le climat de l’Ethiopie. Source : AUBERT M., 1995, Introduction à l’Ethiopie, Guides Olizane.
L’Ethiopie est le troisième pays africain, après le Nigéria et l’Egypte, par l’importance de sa population. Celle-ci, majoritairement répartie sur le Plateau central, est estimée à 59.9 millions d’habitants (Nations Unies, 1998), avec un taux d’accroissement de 2.92% et une densité de 50 habitants/km2. L’Ethiopie reste un pays très rural. En effet, malgré une récente et rapide urbanisation, 51 millions d’Ethiopiens vivent en campagne et 9 millions dans les villes, soit un taux d’urbanisation de 17,5%. Le taux annuel d’accroissement de la population urbaine est estimé à 5,31%, d’après Atlaséco 2000. La population est composée d’une grande variété de groupes ethniques. Amharas et Tigréens, peuples des hauts plateaux, en partie d’origine sémitique, représentent 32% de la population totale. Ils occupent essentiellement le Nord-ouest du pays. Les Oromos, population pastorale et agricole, vivent principalement dans le Centre et le Sud-ouest de l’Ethiopie et représentent 40% de la population. A l’Ouest, de la frontière érythréenne jusqu’au lac Turkana, réside le peuple Shangalla constituant environ 6% de la population. Enfin, l’Est et le Sud-est de l’Ethiopie sont occupés par le peuple Somali, lui aussi formant environ 6% de la population.

Carte 3 : Langues et ethnies d’Ethiopie. Source : AUBERT M. , 1995, Introduction à l’Ethiopie, Guides Olizane.
L’Ethiopie est divisée en 9 grandes régions, respectant les différents groupes ethniques: régions Tigray, Afar, Amhara, Oromo, Somali, Benichangoul Goumouz, Gambela, Harar et Nations, Nationalités et Peuples du Sud (voir Annexe 1). 40% de la population sont Chrétiens, il s’agit majoritairement des peuples du nord du pays ; les régions du Sud sont principalement musulmanes (45%) et animistes. La langue officielle, l’amharique, est parlée par plus de la moitié des habitants. On compte environ 70 dialectes.
haut de pageLes faiblesses du gouvernement : une situation politique très instable.
Jusqu’en 1973, l’Ethiopie a été gouvernée par des monarchies successives, avec pour dernier empereur Haïlé Sélassié 1er, destitué en 1974. Entre 1974 et 1987, l’Ethiopie fut dirigée par un gouvernement militaire provisoire, le DERG (PMAC: Provisional Military Administrative Council) avec pour chef officiel, Menguistu Haïlé Mariam. Il mena une rébellion qui renversa le régime de l’empereur et gouverna pendant plus de 17 ans d’une manière répressive sous un régime de style marxiste. Créée en 1977, l’Union des Organisations Ethiopiennes Marxistes-léninistes fut démantelée en 1984 et remplacée par le Parti des Travailleurs d’Ethiopie qui fonctionna en tant qu’unique parti jusqu’en 1991. Le Parti changea son nom en 1990 et devint le Parti Uni Démocratique Ethiopien.
En mai 1991, le gouvernement de Menguistu, marxiste-léniniste fut renversé par des rebelles du Front Révolutionnaire Démocratique du Peuple Ethiopien (EPRDF), dirigé par Mélès Zenawi et plusieurs autres coalitions de rebelles, y compris le Front de Libération Oromo (OLF) et le Front Populaire de Libération Tigréen (TPLF). Ces différents mouvements ont établi un gouvernement de coalition, le gouvernement transitoire de l’Ethiopie.
Dans le même temps, un gouvernement autonome a été établi en Erythrée, jusqu’alors province de l’Ethiopie. Après un referendum en mai 1993, L’Erythrée proclama son indépendance et l’Ethiopie reconnue le nouveau gouvernement érythréen après trente années de guerre civile.
En juin 1994, les électeurs éthiopiens ont élu les représentants de l’Assemblée Constituante chargés de rédiger une nouvelle Constitution. Celle-ci fut adoptée en décembre, et en mai 1995, un nouveau corps législatif, le Conseil des représentants du peuple, fut élu. Le Président (actuellement Negasso Gidada) , élu par le conseil des représentants du peuple, a des pouvoirs limités. Le Premier ministre (actuellement Mélès Zenawi) détient le pouvoir exécutif.
De nouveaux conflits éthio-érythréens ont surgi en mai 1998. A cette date, l’armée érythréenne occupa les zones de Badme et de Zala Ambessa (zones frontalières entre les deux pays). Durant huit mois, les initiatives diplomatiques ont primé sur les opérations militaires mais en février 1999, l’armée éthiopienne a lancé une offensive victorieuse sur Badme et y a réinstallé l’administration du pays. Les affrontements se sont toutefois maintenus autour de Zala Ambessa. Dès le début du conflit armé, l’OUA essaya d’obtenir l’application de l’accord de paix entre les deux pays, une paix difficile à négocier. Ce n’est qu’après deux ans de guerre que l’Ethiopie et l’Erythrée ont signé un accord de cessation des hostilités à Alger en juin 2000 mais les tensions demeuraient toujours entre les deux armées. Actuellement, il semble que les deux pays soient sur la voie de la paix, même si la route reste encore longue. Les deux armées ont commencé à se replier. Le résultat de ces deux longues années de guerre est bien sûr désastreux pour l’un et l’autre pays. On compte des centaines de milliers de morts et de blessés, on peut imaginer l’étendue des dommages causés portant un retard préjudiciable sur le développement des deux protagonistes de ce conflit.
haut de pageUne économie caractéristique des pays en développement.
L’Ethiopie est un des pays les plus pauvres du Monde avec un PNB/habitant de 110 Dollars US (1998) et un PNB global de 6,88 milliards de Dollars US. Les ressources principales et potentielles de l’Ethiopie sont la terre, l’eau, l’énergie hydroélectrique, le bétail, la forêt, le minerai et le gaz naturel. 65% de la superficie du pays seraient de la terre arable. Les ressources en eau de l’Ethiopie sont immenses avec quatorze rivières importantes dont le Nil bleu, le Gibe, le Baro et le Tekeze. Pour ce qui est des ressources animales, l’Ethiopie est en première position parmi les pays africains et en dixième au niveau mondial. Les ressources forestières sont très menacées depuis le siècle dernier : on estime que la forêt couvrait 40% de la superficie du pays au début du siècle et qu’actuellement, elle n’en couvre plus que 3%. Le sous-sol renferme or, gaz naturel, fer, étain, lignite et potassium, richesses qui demeurent largement sous exploitées.
L’économie de l’Ethiopie présente les caractéristiques des pays sous-développés. En effet, elle dépend très largement des revenus du secteur primaire. L’Agriculture constitue à elle seule plus de 48% du PIB et représente 90% des exportations. 86% de la population du pays est engagée dans le secteur agricole. Il s’agit d’une agriculture très peu développée, aux méthodes traditionnelles (le tandem bœuf-charrue est toujours l’outil dominant, l’utilisation d’engrais est très réduite), essentiellement destinée à l’autoconsommation. Elle dépend grandement des pluies, seulement 1% des terres cultivées bénéficient de l’irrigation.
L’Ethiopie produit et exporte or, café, coton, sucre, fruits et légumes, huiles végétales, cuirs et peaux. Le café est l’exportation principale du pays, il représente 50% du total des bénéfices de l’exportation. Les céréales (tef, sorgo, maïs…) sont essentiellement destinées à la consommation nationale. Cependant, en 1984-1985, l’Ethiopie a traversé des sécheresses périodiques qui ont fortement réduit les rendements locaux et ont contraint le pays à importer des produits alimentaires de base. De façon récurrente, l’agriculture doit faire face aux sécheresses périodiques, à l’érosion des sols, au ravage des criquets migrateurs.
La production industrielle, encore très peu développée (10% du PNB), est essentiellement orientée vers la transformation des produits agricoles. Le raffinement du pétrole et la production de textiles viennent en deuxième et troisième position. Depuis les années 1960, le secteur secondaire s’est développé avec la construction d’usines métallurgiques et d’usines de production de biens de consommation. Addis Abeba est le principal foyer industriel du pays.
En ce qui concerne l’énergie, l’Ethiopie présente un riche potentiel, l’hydroélectricité. Elle constitue en 1996, 87% de la production nationale d’électricité. Celle-ci est très dépendante des pluies.
Les principaux pays partenaires de l’Ethiopie sont l’Allemagne, les Etats Unis, le Japon, l’Arabie Saoudite et l’Italie. Le budget annuel de l’Ethiopie en 1995 était de 423 millions US Dollars de recettes contre 960 millions US Dollars.
Il est important d’évoquer les impacts négatifs de la guerre civile sur l’économie du pays. Les problèmes structurels de l’économie associés aux effets de la guerre ont, en effet, porté un frein majeur au développement économique du pays se manifestant par une importante dégradation du niveau de vie des Ethiopiens et une augmentation de la pauvreté. En plus des conséquences néfastes sur l’économie, la guerre civile a provoqué la mort de centaines de milliers d’hommes (voire d’un million), elle a contraint des milliers de réfugiés à fuir vers les pays voisins et des milliers de personnes ont été déplacées et totalement démunies. 400 000 soldats ont été mobilisés, des milliers de foyers ne se sont retrouvés qu’avec la mère comme responsable et de nombreux enfants sont devenus orphelins, abandonnés, délaissés.
haut de pageLa pauvreté en Ethiopie et le « sous-développement ».
L’extrême pauvreté ne fait que croître, atteignant la proportion alarmante de 60% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté (Ethiopian Economical Annual Report, 1999-2000). Une étude menée par World Bank en 1992 estime que le seuil de pauvreté correspond à un revenu de 224 birrs par mois (1 birr = 0,9 FF) pour une famille de 5 personnes. Ce qui signifie que sur 6.9 millions d’urbains, 4 millions (soit 58%) vivent dans la pauvreté, voire dans la misère. D’après Central Stastistical Authority, 75% de la population rurale vit avec 460 birrs par an seulement, soit moins de 40 birrs (5 USD) par personne, par mois.
La pauvreté en milieu urbain en Ethiopie est habituellement connue comme étant moins sévère qu’en milieu rural. Cependant, la pauvreté urbaine, spécialement dans la capitale, ne cesse de croître. Celle-ci s’explique par le contexte de pauvreté nationale, surtout rurale. En effet, la plupart des migrants issus du milieu rural sont très pauvres, démunis et ne peuvent avoir accès aux services sociaux de la ville.
L’accès à l’eau potable est faible, les données de Central Statistical Authority montrent que 14,8% des ménages sont desservis en eau et 51,4% de la population urbaine ont un accès public. En 1996, 27,8% des logements reçoivent l’électricité et 59,6% des logements la partagent avec d’autres. 42% des logements urbains n’ont pas accès à des latrines convenables.
Les services de santé sont très peu développés. D’après les données de Central Stastistical Authority (1996), il y a un médecin pour 38 365 habitants, un lit d’hôpital pour 6 126 habitants, une infirmière pour 14 860 habitants et un dispensaire pour 24 482 habitants. Un enfant sur six meurt avant l’âge de 5 ans, l’espérance de vie à la naissance n’est que de 47 ans. Les maladies endémiques se propagent à grande vitesse et sont responsables en partie d’une mortalité élevée. Depuis ces deux dernières décennies, ces problèmes de santé se sont fortement aggravés avec l’émergence et les effets du SIDA. 4,5 millions d’Ethiopiens seraient atteints de la maladie faisant de l’Ethiopie un des pays d’Afrique le plus touché par le virus (deuxième rang après l’Afrique du Sud).
En ce qui concerne l’éducation en Ethiopie, le niveau reste très bas. En effet, en 1952, seulement 4% des adultes étaient lettrés. Depuis, de nombreuses écoles ont été construites et de nombreux professeurs ont été formés. En 1979, un programme de réduction de l’illettrisme dans le pays fut mis en place. Cependant, les résultats sont encore faibles, seulement 36% des adultes savent lire et écrire en 1995 et 38% des enfants en âge d’étudier fréquentent l’école. D’après l’étude dirigée par Central Stastitical Authority en 1999, on compte 11 437 écoles (gouvernementales et non gouvernementales) dans le pays, 6 250 204 étudiants du niveau primaire au niveau supérieur. Seulement 26 243 sont étudiants à l’Université (1999).
Ainsi, cette pauvreté qui menace le pays est le résultat d’une longue et lourde période de crise socio-économique et politique aussi bien liée à une succession de catastrophes naturelles (sécheresses cycliques, famines) que de calamités provoquées par les hommes (problèmes de la déforestation et de l’érosion des sols, guerre civile). Cela a bien sûr été un frein au développement du pays. Les années 1973 et 1974 ont été marquées par une sécheresse prolongée au nord de l’Ethiopie et dans le Bale, le Sidamo, le Choa, le Welo et le Gamo Goffa qui a contraint des centaines de milliers de paysans affamés et leurs familles à gagner les centres urbains dans l’espoir d’obtenir l’aide des institutions gouvernementales. D’autres vagues de sécheresses ont touché le pays comme dans les années 1984-85 ainsi que dernièrement (printemps été 2000) dans la région de l’Ogaden et au nord de l’Ethiopie.
Ce contexte de pauvreté que connaît le pays se fait particulièrement ressentir au niveau de sa capitale, Addis Abeba, notre cadre d’étude.
haut de pageAddis Ababa, « Nouvelle Fleur » de l’Ethiopie.
Addis Abeba, nouvelle capitale de l’Ethiopie fondée en 1887 par l’empereur Ménélik II, est située géographiquement au cœur du pays à une altitude moyenne de 2440 mètres, dans la région Oromo, et constitue le centre économique, social et politique du pays. Cette « nouvelle fleur » (signification d’Addis Ababa) est habitée par une population estimée officiellement à 2,5 millions d’habitants, mais dont les spécialistes conviennent qu’elle atteint 4 millions d’habitants. Cette capitale très étendue a pour superficie 540 km2 soit 5400 ha dont 18 km2 occupés par des fermiers. Elle est une ville carrefour où se croisent toutes les grandes routes nationales (voir fig. 1 Annexe 2).
Histoire d’Addis Abeba : de la fondation à aujourd’hui.
Jusqu’en 1887, Addis Abeba n’était qu’une de ces ketema, places fortes établies aux frontières du royaume de Ménélik, roi du Choa. Celui-ci y avait construit son Palais (Gebbi), sur un site de sources chaudes appelé « Finfinne » par les Oromos. En 1889, Ménélik y fut couronné roi des rois, Addis Abeba devint ainsi la nouvelle capitale de l’Ethiopie. Le fidèle conseiller Zurichois Alfred Hilg, puis ministre des Affaires étrangères de Ménélik II, prit une part importante dans le développement de la capitale et contribua au rayonnement du pays à l’étranger.
En 1917, une voie ferrée reliant Addis Abeba à Djibouti fut construite par la Compagnie du chemin de fer franco-éthiopien. De nombreuses maisons de commerce s’installèrent, Addis Abeba devint centre politique et commercial du pays.
De 1936 a 1941, Addis Abeba, désormais capitale de l’Afrique orientale italienne, fut occupée par les Italiens, lors de la conquête de Mussolini qui fonda son « Impero ». Les Italiens en firent une ville nouvelle, spécialement avec la construction d’un réseau routier en étoile reliant la capitale aux provinces du pays. Le rôle centralisateur d’Addis Abeba fut par conséquent renforcé.
L’empereur Haïlé Sélassié (1941-1974), avec la fondation du siège de l’OUA en 1963, ainsi que le révolutionnaire Menguistu Haïlé Mariam (1974-1991), accentuèrent le mouvement de centralisation autour d’Addis Abeba. Une fois au pouvoir, le Derg (1974) fractionna la ville en districts eux-mêmes divisés en kébélés (quartiers). Aujourd’hui, avec le nouveau découpage territorial institué par le gouvernement provisoire de transition, Addis Abeba est une ville autonome (la région 14) fragmentée en 6 zones, 28 districts (woreda) et plus de 300 kébélés.
Toutefois, en 1991, le nouveau gouvernement de Mélès Zenawi, ancien leader du Front Populaire de Libération du Tigre (FPLT), réoriente son action vers la région du Tigré, avec un programme de développement à Mekele, capitale de la région.
Addis Abeba, un centre hypertrophié.
En 1938, d’après les estimations des Italiens, la population d’Addis Abeba était de 90 000 habitants. De 1970 à 1984, la population est passée de 795 000 à 1 412 000 habitants, soit une croissance de 77,5% (d’après les recensements effectués à ces deux dates). La croissance d'Addis Abeba était supérieure à la croissance nationale. En 1998, on compte officiellement 2,5 millions d’habitants, soit une croissance de 72,2% contre 50% de croissance de la population totale nationale. Actuellement, on peut estimer la population de la capitale à plus de 4 millions d’habitants avec 200 000 migrants venant alimenter chaque année la ville. Addis Abeba représente le quart de la population citadine du pays, sachant que 15% seulement de la population éthiopienne vivent en milieu urbain. Le taux annuel de croissance d’Addis Abeba est estimé à 3,8%.
La capitale rassemble une population aux origines géographiques, ethniques, culturelles variées. Les principales ethnies présentes sont les Amharas (48,3%), les Oromos (19,2%), les Guragués (17,5%) et les Tigréens (7,6%). Les autres ethnies constituent 7,4% de la population d’Addis Abeba. En ce qui concerne la composition religieuse, on compte 82% d’orthodoxes, 12,7% de musulmans, 3,9% de protestants, 0,8% de catholiques.
Un paysage urbain contrasté.
Addis Abeba est certainement l’une des capitales du Tiers Monde les moins organisées, ou du moins la ville d’Ethiopie qui fut la moins planifiée. Comme pour de nombreuses capitales des pays en voie de développement, Addis Abeba connaît depuis plusieurs décennies une croissance urbaine très rapide et incontrôlable s’accompagnant d’une surabondance d’habitats précaires (80% des habitations sont des bidonvilles).
Addis Abeba présente en effet un paysage urbain très nuancé, très hétérogène. « Deux axes monumentaux dévalent le Piémont : à l’Ouest, l’Avenue Churchill pour les fonctions propres à la ville, à l’Est la voie triomphale du pouvoir de l’Université, le patriarcat, le Palais (Gebbi), l’hôtel Hilton », le somptueux hôtel Sheraton, « le Palais d’Afrique unie jusqu’à la Place de la révolution, redevenue Place de la Croix, et à l’aéroport » (Géographie Universelle, Alain Gascon). Toutefois, « dès que l’on s’écarte des deux axes de prestige Nord-sud qui suivent la pente, en prenant les rues transversales, on plonge dans les vallées, les bidonvilles et la misère ». « La hutte au toit de chaume côtoie l’immeuble de verre et d’acier » (Alain Gascon). « L’Addis Abeba des étrangers se réduit à un périmètre encastré entre quelques grandes avenues plantées d’arbres et jalonnées de grands bâtiments lugubres et décrépis et à quelques quartiers résidentiels où seuls vivent les membres des organisations internationales, le corps diplomatique et les hauts dignitaires. L’Addis Abeba des Ethiopiens est bien différente. Elle est misérable ; les quartiers populaires qui regroupent la quasi totalité des trois millions d’habitants de la capitale sont un amalgame de maisonnettes aux murs et aux toits de tôle ondulée ou en pisé recouvert de chaume » (Ethiopie, Guides Olizane, 1995).
Les différents régimes politiques de l’Ethiopie ont laissé une empreinte sur le paysage urbain d’Addis Abeba. Il s’agit tout d’abord du Palais de Ménélik, du Lion de Juda sur la place de la gare datant du règne d’Haïlé Sélassié, des tours surmontées de l’étoile rouge vestiges du régime de Menguistu ainsi que d’une grande statue de Lénine installée devant le siège de l’OUA et abattue en mai 1991…
Addis Abeba, foyer de pauvreté.
La situation de pauvreté à Addis Abeba s’est nettement aggravée depuis les dernières années. D’après Goitom Ghirmatsion (1992), la part de la population touchée par la pauvreté a augmenté de 45,4% en 1990 à 63% en 1992. En 1993, on estime la population vulnérable à la grande pauvreté à 230 000 personnes, chiffre qui va dans le sens croissant. Ce groupe comprend les enfants des rues, les personnes âgées démunies, les mendiants, les prostituées, les handicapés physiques et les orphelins.
D’après Central Stastistical Authority (1995), 82% des maisons à Addis Abeba sont faites de terre et de bois, 25% sont sans W-C, 90% n’ont pas de salles d’eau, 26% n’ont pas de cuisine, 82% sont sans téléphone. De plus, 45% des maisons reçoivent l’électricité privée et 50% la partage avec d’autres logements. Enfin, 35% n’ont pas accès au réseau routier.
Le taux de chômage (« officiel ») est en croissance, en 1992, il était estimé à 22,3%, en 1995, à 27% et aujourd’hui, il a atteint les 30%. 61% de la population d’Addis Abeba vivent avec moins de 450 birrs par mois, 220 000 familles sont sans logement.
« La capitale souffre du sous équipement des transports urbains : les taxis antédiluviens et les autobus, pris d’assaut, leurs tarifs sont de toute façon trop élevés pour beaucoup d’Ethiopiens qui marchent, souvent chargés d’énormes fardeaux. Dans la journée, une « Cour des miracles » de milliers de mendiants et d’éclopés, victimes de la guerre, sollicitent les passants, sans agressivité » (A. Gascon, 1999).
Addis Abeba connaît une croissance urbaine rapide et difficilement contrôlable. Celle-ci est en grande partie due à la migration de populations rurales vers la capitale. Il s’agit de paysans quittant leurs terres devenues infertiles à cause de l’érosion ou dans l’espoir d’obtenir de meilleurs revenus. De plus, la longue période de sécheresse dans les années 1984-1985 ainsi que les conséquences désastreuses engendrées par la guerre civile ont provoqué un mouvement de masse vers la capitale, surtout après 1988. Ce flux important de population à Addis Abeba s’est accompagné de la prolifération d’habitats spontanés et de l’augmentation en nombre de mendiants, de populations démunies, d’adultes et d’enfants des rues. En 1994, Central Stastistical Authority estimait à 46% la part de la population non originaire d’Addis Abeba.
Toutefois, comparée aux chiffres nationaux, la capitale reste un lieu privilégié. 85 % des enfants fréquentent l’école primaire, le revenu moyen par habitant est de 500 birrs par an (environ 100 Dollars US) et 27% de la population ont accès à l’eau courante.
Ainsi, un des signes les plus frappants de cette pauvreté est la présence de populations vivant dans la rue, notamment des enfants.
Extrait du mémoire de maîtrise de géographie sociale de Melle Claire BAYON sur le thème des ‘Enfants de la rue d’Addis Abeba’.
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