Après la récolte du teff
Les agriculteurs éthiopiens travaillent le sol à l'araire
Meules de teff.
Acacias caractéristiques des basses terres plus chaudes
INJERA, plat national éthiopien à base de Teff.
Jeunes fruits d'Opuntia ou figues de Barbarie, "bélès" en Tigrinya
Les yeux de la tendresse
Que c'est bon un câlin !
Enfants burkinabé
Paysage du sud Gonder
Eglise éthiopienne du Tigray
Rencontre...
Marché dans le nord du Wollo
Godjo (maison ronde traditionnelle)
Dromadaires afars dans le Wollo
Eglise dans le Gojam
Voûte nubienne, aux multiples intérêts, dans l'extrême sud du Burkina
Procession vers l'Eglise en habits traditionnels
Paysage du Gojam
Demoiselles d'honneur à GONDER
Pêcheur à l'épervier sur le lac de HIKE (Wollo)
Tout ce qu'il faut pour un voyage agréable sur les pistes du Burkina !

Session pour les familles adoptives

Les enfants que Dieu nous a confiés attendent de nous beaucoup d’amour. Savons-nous le leur prodiguer ? Les enfants adoptés, au passé lourd de souffrances et de blessures, attendent encore davantage. Parviendront-ils à devenir des adultes « équilibrés » ? Nos propres blessures ne sont-elles pas un obstacle dans nos relations quotidiennes ? Quel regard portons-nous sur nos enfants, sur nous-mêmes, sur notre conjoint ? Sommes-nous suffisamment armés pour affronter les difficultés liées à toute éducation ?

Voilà le type de questions que tous les parents adoptifs se posent et auxquelles les ‘Sessions pour les familles adoptives’ que nous organisons essaient d’apporter des réponses.

Elles se déroulent au Santuaire de Notre Dame de Domois en Côte-d'Or, près de Dijon,  le week-end des trois jours de Pentecôte, du samedi midi au lundi midi, soit 48 heures dans une ambiance familiale, calme et recueillie.

Des conférences ou enseignements par les pères du Sancturaire, temps de prière et de méditation sont proposés aux parents alors qu’un parcours adapté aux enfants est suivi.

Les familles qui fréquentent ces sessions témoignent de leur utilité comme temps de ressourcement et de réflexion.

 

La prochaine SESSION POUR LES FAMILLES se déroulera à NOTRE-DAME DE DOMOIS (près de DIJON) les 18, 19 et 20 mai 2013, en la Fête de PENTECÔTE. Nous vous y attendons nombreux. Pour s'inscrire, cliquer ICI.

 

Voici le compte-rendu/témoignage d'un papa adoptif qui a participé à la session 2012 (vous retrouverez ce texte avec des illustrations dans la rubrique "bulletin de liaison 2013").

 

Quel avenir pour nos familles ?

Domois, Pentecôte 2012

JOUR 1 : samedi 26 mai 2012

Cette année, il y a les habitués, il y a ceux qui reviennent et il y a les nouveaux : ceux qui attendent. Un apparentement ou une date de jugement. Un coup de fil de Christine Bayon, quoi ! Finalement, nous passons notre vie à attendre : les enfants attendent de grandir, les jeunes adultes attendent de se marier, les jeunes mariés attendent d’être parents, etc. Cette session, organisée pour la 5e année à Domois, est une excellente façon d’attendre. Bien plus, elle nous rapproche du royaume de Dieu, notre ultime attente !

Domois, c’est une petite commune au Sud de Dijon, non loin du Mont Afrique ! Moins connue que ses voisines Gevrey-Chambertin, Clos de Vougeot et Nuits-Saint Georges, mais son terroir est tout aussi exceptionnel puisqu’il accueille une petite communauté de « moines diocésains Â» : trois prêtres qui assument des responsabilités pastorales sans renoncer à leur vie de prière et qui ont choisi de vivre en communauté. Elle a pour nom « Sitio Â» (en latin, « J’ai soif ! Â», parole du Christ en croix, assoiffé… d’amour !).

Jean-François et Marie-Françoise nous accueillent. Ils ont un mot chaleureux pour chacun. 7 enfants, 12 petits-enfants, ils trouvent encore le temps d’organiser cette session dont le thème est : « Quel avenir pour nos familles ? Â».

*****

Le Père Patrick-Marie a la délicate tâche de nous sensibiliser sur le « gender Â», une vision de l’homme et de la femme radicalement différente de la réflexion chrétienne construite autour du verset 1, 27 de la Genèse : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Â»

Avec le gender, il s’agit d’éliminer l’idée que les hommes se divisent en deux sexes. La notion d’identité sexuelle (c’est la nature qui nous fait homme ou femme) est supplantée par celle d’orientation sexuelle (c’est moi qui décide de ma sexualité : homo, hétéro, bi ou encore… indifférenciée !).

Toutes ces orientations se valent. Pour les tenants du gender, les différences prétendues entre homme et femme résultent de la culture. Voir une différence entre l’homme et la femme, n’est-ce pas déjà de la discrimination ?

Au nom de la lutte contre la discrimination, il faut donc commencer par rééduquer les jeunes en leur démontrant que leur véritable identité sexuelle n’est pas dictée par la nature mais résulte du libre choix de chacun. C’est à ce travail que s’emploient trois manuels de 1ère consacrés aux sciences de la vie et de la terre (SVT).

Le Père Patrick-Marie observe un autre glissement lexical : la notion de parentalité - qui englobe la parentalité homosexuelle - supplante celle de parenté. En effet, lorsqu’on a approuvé l’homosexualité, comment ne pas admettre la parentalité homosexuelle ? Au nom de quoi interdire l’adoption et la procréation médicalement assistée pour les couples homosexuels ?

Pour le Père Patrick-Marie, il ne fait aucun doute que la personne homosexuelle doit être accueillie, mais de là à encourager l’homosexualité, à l’ériger en modèle, et, dans le même temps, à dévaloriser l’hétérosexualité…

« Est-ce que mes propos vous paraissent excessifs ? demande le Père Patrick-Marie. N’hésitez pas à réagir ! Â»

Ce ne sont pas les réactions qui manquent ! L’heure suivante est un échange de questions et de réponses autour de ce thème.

« Les sociologues partent du constat que la famille, ça ne marche plus ! Â» Comment ignorer le fait qu’il y a un divorce pour deux mariages ? « Aujourd’hui, poursuit le Père Patrick-Marie, on prend acte de cette impossibilité à aimer. Peut-être que ça va mieux marcher avec deux hommes ou avec deux femmes ? Au contraire ! Réagit-il, face aux difficultés que la famille rencontre aujourd’hui, il ne faut pas dire : « Il faut casser la famille ! Â» Il faut revenir à la morale. Mais nous sommes dans une société qui récuse toute morale. Â»

S’il est préoccupé par ce véritable « changement de civilisation Â», le Père Patrick-Marie ne perd rien de son humour, et son espérance reste intacte :

  • Seule la culture chrétienne est vraiment à même d’édifier la personne humaine et la société.
  • Cette idéologie, parce que c’en est une, fera comme les autres : elle s’effondrera !

 

 

 

 

 

 

Finalement, toutes ces questions se résument en une seule. Au fond, qu’est-ce que l’amour ? Le Père Patrick-Marie souligne que l’amour n’est pas une valeur en soi mais que l’on apprend à aimer. S’il n’y a qu’un seul amour, et Dieu en est la source, il y a quand même plusieurs degrés dans l’amour… que notre langue française ne rend pas très bien. Le Père Patrick-Marie l’illustre avec l’évangile de la veille : là où nous utilisons un verbe (aimer), le texte grec en emploie deux (agape et phileo). « Jésus interroge Pierre trois fois : M’aimes-tu ? Est-ce que vous savez pourquoi ? Â» demande le Père Patrick-Marie. Alors que le Christ se situe dans l’absolu de l’amour (agape), cette capacité à se donner, à se sacrifier pour l’autre, Pierre avoue son incapacité à aimer totalement. Oui, il aime bien Jésus (phileo) mais il n’est pas capable de plus. Ne l’a-t-il pas renié trois fois ? Mais Jésus lui laisse entendre qu’il sera capable d’aller au-delà, d’aimer jusqu’au bout !

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur la question du gender, le Père Patrick-Marie recommande :

  • les ouvrages du psychanalyste Tony Anatrella.
  • la brochure téléchargeable gratuitement sur le site de la Fondation Jérôme Lejeune : « Théorie du genre et SVT : décryptage des manuels de 1ère Â».

*****

Padre Pio ; Frédéric Ozanam ; Jean de La Croix ; Elisabeth de La Trinité, bien sûr (elle a grandi à Dijon) ; Jean-Marie-Vianney… : ce sont les noms des chambres où nous nous installons. L’hôtellerie est un endroit calme, propre, ordonné. Les plus bruyants, ici, ce sont les moineaux !

A 19 heures précises, nous nous retrouvons pour le dîner. Tout le monde se tutoie déjà, partage ses expériences. Les nappes sont en tissu, il y a du vin à table et nous nous resservons avec plaisir : c'est rare, les endroits où la restauration collective est aussi réussie, non ? Nous discutons dans un climat de confiance, d’écoute, de bienveillance : tous les avantages d’une famille… sans ses inconvénients ! A la table dite des « jeunes Â» (ils ont entre 11 et 15 ans), il y a Benoît, le fils d'Augustin. Augustin demande s'il peut se joindre à eux. Ils lui répondent posément et très poliment : « Non merci ! Â»

Les jeunes enfants sont couchés, Jessica les garde. Pendant ce temps, nous prenons place dans la petite chapelle de la communauté. Le Père Claude-Marie et le Père Patrick-Marie sont là, recueillis. Jean-François et Marie-Françoise animent la veillée. Nous chantons « Fleurir ou Dieu nous a semés Â». Musicalement… C’est discutable ! Mais quelle justesse dans cette invitation de saint François de Sales : « Où Dieu nous a semés, il faut savoir fleurir. Â»

Jean-François lit un très beau texte intitulé « Aime-moi, tel que tu es Â», inspiré de saint Augustin : « Si, pour m’aimer, tu attends d’être parfait, tu ne m’aimeras jamais. Â» Après la lecture de l'Evangile (Matthieu, 11 ; 28-30) et son commentaire, nous chantons : « Mon Père, mon Père, je m’abandonne à toi. Â»

JOUR 2 : dimanche 27 mai 2012, fête de la Pentecôte

Tout se déroule selon le programme proposé par Jean-François et Marie-Françoise. Entre 8 heures et 9 heures, c'est le petit-déjeuner, une orgie de confitures délicieuses : rhubarbe, framboises, prunes, etc. Ensuite, à 09h30, des groupes de huit personnes sont constitués pour échanger autour du thème suivant :

« Nous désirons vivre en couple de belles valeurs et aussi les transmettre à nos enfants ; mais hélas ! Nous sommes dans un monde où internet, les jeux électroniques, le téléphone portable, la mode vestimentaire, les mÅ“urs... les mettent à mal. Comment nous situons nous dans ce monde d'aujourd'hui ? Â»

Le secteur des télécommunications proteste avec la plus grande énergie contre ce libellé qui laisse à penser que les télécoms seraient responsables de la déliquescence de notre société ! Ce ne sont que des outils, au même titre que le nucléaire, et chacun sait que l'on peut en faire un bon usage... comme un mauvais. Ils seront ce que nous en ferons !

Augustin relève quant à lui que nous n'allons pas faire comme les Amish : nous ne pouvons pas nous retrancher du monde contemporain.

La messe paroissiale, présidée par le Père Claude-Marie, commence à 11 heures. L'église est pleine comme un œuf. Six enfants font ce matin leur première communion. Le Père Claude-Marie a ce don de pouvoir s’adresser aussi bien aux enfants qu’aux adultes.

A l'apéritif, Jean-François sert généreusement un punch de sa fabrication : rhum et citron. Nous nous mettons à table car à Domois, les nourritures terrestres sont aussi prisées que les nourritures spirituelles.

*****

Le Père Claude-Marie, parfaitement ponctuel, débute sa conférence à 15 heures :

« Je n’ai rien préparé, je vous signale tout de suite ! Â» Le Père Claude-Marie n'a pas de notes, juste sa bible, de la sagesse et beaucoup d’humour. Une heure lui suffit à peine pour commenter deux versets de la Genèse.

« La Pentecôte, commence-t-il, c’est la naissance de l’Eglise. La famille, c’est la cellule de base de l’Eglise. Malgré tout ce qu'on pourrait nous dire aujourd'hui, c’est quand même mieux quand la famille c’est un homme et une femme, c’est plutôt bien ! Â»

« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Â» (Genèse, 1, 27).

Au sommet de la Création, Dieu a créé l’homme et la femme. Leur vocation est très différente, mais en même temps très complémentaire. « Puisque la famille va s'appuyer à la fois sur une très grande différence – l'homme et la femme, on ne peut pas être plus différents - et en même temps sur une complémentarité. Pour qu'il y ait complémentarité, il faut qu'il y ait différence. S'il n'y a pas différence, il ne peut pas y avoir complémentarité. On ne peut pas s’apporter ce qui nous manque, puisqu’on est pareil ! Â»

Il les créa « Ã  son image et pour sa ressemblance Â».

« Lorsque Dieu crée l’homme et la femme, il dit : « Faisons l'homme à notre image. Â» Dieu veut avoir une relation avec nous, c’est ce qui fait toute la différence entre l’humain et l’animal. C'est ce qu'on va appeler l’âme humaine, une capacité personnelle à donner une réponse. L’homme, dans sa personne profonde, l’âme, unique et éternelle, est capable de donner une réponse à Dieu, de devenir un partenaire de Dieu, partenaire de son amour, de sa vie.

Il y a donc une vocation profonde à être homme, à être femme, et une vocation profonde pour la famille. Elle trouve son fondement dans cette réponse que l’on doit donner à Dieu en tant qu'homme, en tant que femme, en tant que couple, en tant que famille.

Ce qui va donner le dynamisme de cette vie familiale, c’est de Lui donner une réponse et une visibilité dans le monde. La famille doit être un lieu de témoignage qui donne à Dieu une visibilité dans le monde. Voilà notre vocation chrétienne, mais, plus que ça, nous sommes invités à la sainteté, c’est notre vocation la plus profonde. « Saint Â» dans le sens « permettre à l’autre de donner toute la mesure de sa réponse à Dieu Â». Dans le couple humain, l’homme doit tout faire pour que sa femme devienne à la ressemblance de Dieu, et réciproquement.

  • C’est accessible… que si l’on s’appuie sur la puissance de l’Esprit saint. La vocation sainte du mariage n’est pas possible si elle n’est pas sous-tendue par une vie en Dieu. D’où le drame de beaucoup de couples qui fondent leur foyer sur le sacrement de mariage [sans autre nourriture spirituelle]. Â» Le Père Claude-Marie questionne ceux qu’il prépare au mariage : « C’est une démarche qui nous engage devant Dieu, comment tu vas nourrir ce lien ? Comment tu vas nourrir cette vocation sainte ? Â»

 

 

 

 

 

  • « On demande à aller au sommet et de l’autre côté on ne prend pas les moyens de gravir petit à petit les échelons pour aller au sommet, déplore-t-il. Nous ne pouvons le réaliser, au moins y tendre, que si on prend les moyens pour y arriver : une relation avec le Seigneur qui est la source et qui est le terme de cette vocation. Â»
  • « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds (…). Â» (Genèse, 1, 28).
  • « En fait, la première parole que le Seigneur adresse à l’homme et la femme, c’est : « Soyez féconds… Â». Encore une vocation qui est de donner la vie, de devenir comme Dieu, c’est-à-dire partager la vie. On a entendu ce langage dans l’Eglise : « Donc, la vocation première, c’est de faire des p’tiots ! Â» Non ! La première vocation de l’homme et de la femme dans le couple, c’est la communion d’amour entre les époux. Ce qui définit vraiment le couple, c’est la communion d’amour. Cette communion d’amour étant la manifestation la plus belle de la communion d’amour qu’il y a dans la Trinité, Père, Fils et Saint Esprit. Une plénitude d’amour. La rencontre sexuelle, la communion affective est une manifestation de Dieu, elle sert à la communion d’amour, elle est même un sommet de la communion d’amour. Désolé si je vous apprends rien, mais ça ne fait pas de mal de le réentendre ! Â»
  • Tel est le souhait du Père Claude-Marie : « Que la famille devienne vraiment la structure de base pour vivre cette communion d’amour que l’on retrouvera dans l’Eglise et dans le monde. Â»
  • « Le couple est premier, insiste-t-il. Le couple ne se définit pas par les enfants mais par la communion d’amour. Mais un couple va se prolonger, ça va donner au couple même d’être renouvelé. L’amour, il a besoin de se partager, de se donner, de se prolonger. Le projet d’adoption, il a toute sa place là. Ces enfants sont le fruit de votre communion d’amour, non pas selon la biologie mais selon le cÅ“ur. Ça vous parle ? Je crois qu’il faut le voir à ce niveau-là ! C’est un sens profondément spirituel. La vie, on ne la donne pas simplement avec son corps. Ce qui est plus important, c’est le cÅ“ur, c’est l’amour. Le reste de la vie, c’est un débordement du cÅ“ur. On va enfanter l’autre sans cesse par l’amour.

Il y a des questions ou pas pour l’instant ? Â»

La recette du Père Claude-Marie

« Il ne suffit pas du mariage. Dans le dialogue de chaque jour, dans le don renouvelé, on est appelé à se re-choisir. On ne se choisit pas de toute façon ! Ou enfin… Peut-être que la femme choisit son mari, bon ! Admettons, hein ! La femme choisit en général. Mais l’homme, vous savez, ce pauvre petit papillon qui va se brûler les ailes à la lumière… [rires] On se reçoit ! D’abord, on ne sait pas qui est-ce qu’on cherche, on n’en sait rien… Dans la vocation chrétienne, on se reçoit de Dieu !

Le jour du mariage, on se donne l’un à l’autre. Mais c’est après ! Le jour du mariage, ça va, mais c’est après ! On se reçoit, il faut toujours se recevoir de l’autre, qu’il change, qu’il ne change pas, qu’il devienne autre, même s’il renifle à contretemps… Il faut re-choisir ! Ça, c’est la communion d’amour. Le charnel, le sensible, ça ne dure pas. Ce qui dure vraiment, c’est cette communion d’amour qui se re-donne. Mais pour ça, il faut mourir à soi-même pour aimer l’autre pour ce qu’il est, pour lui-même, et non pas pour soi. Le premier mouvement d’amour, c’est d’aimer l’autre pour soi. La fusion, c’est ça. Et après, c’est d’apprendre à aimer l’autre pour lui-même, pas pour ce qu’il m’apporte déjà. Être heureux de le voir heureux ! Et ça, c’est vraiment de l’amour ! Autrement, ça ne peut pas durer. Aujourd’hui, malheureusement, on le voit combien de fois ! Nous-mêmes, on marie beaucoup de gens. On sait que ça va durer 5 ans, 10 pour les plus vigoureux ! [rires] Et puis après on se dit : « Non, c’est plus possible. Moi, j’ai envie de vivre ma vie. Je comprends maintenant que c’est ailleurs que je suis appelé ! Â» Ce qui est totalement faux ! Quand Dieu nous appelle à une vocation, on ne peut être heureux que si on la re-choisit, toujours !

Le défi du sacrement de mariage, c’est de relever ce défi-là : tenir bon et se redonner l’un à l’autre. On sait que la vie peut amener des imprévus, des difficultés… mais on désire tenir bon.

Quels moyens vous allez vous donner pour tenir bon ? Â» Interroge-t-il. 35 ans de sacerdoce, 500 mariages, le Père Claude-Marie commence à avoir des points de repère et martèle son message :

« Re-choisir l’autre, le regarder comme une créature vivante, porter sur lui un regard renouvelé, lui redonner sa place et sa dignité !

Tout couple humain, s’il veut fonctionner vraiment, selon le projet de Dieu, ne pourra accomplir son chemin que s’il se resitue toujours dans le regard premier que Dieu porte sur nous. Si on veut réussir notre chemin d’amour, il faut regarder l’autre comme Dieu nous regarde : non pas pour soi mais pour lui. Pris dans la vie quotidienne, nous usons cette capacité d’amour en nous.

L’eucharistie, la prière, nous redonnent cette capacité de regarder l’autre et de lui redonner sa place en tant qu’époux ou épouse. Â»

Prier

« Le défi du couple humain, c’est gigantesque ! Et en même temps, Dieu nous en donne la capacité. Quand Dieu appelle, il donne les capacités, la force. Il faut L’accueillir. Il faut ouvrir son cÅ“ur pour que cette force, nous l’accueillons, qu’elle se renouvelle en nous. L’acte d’abandon, c’est ça : j’ai envie de vivre pleinement mais je sens que je n’en ai pas la capacité. On va s’abandonner au Seigneur. On sait qu’Il donne les grâces dont on a besoin.

Il vaut mieux s’engueuler que rien se dire. Avant de s’engueuler, il faut prier ensemble : dire ensemble un Notre Père. Si on allait à la source avant ? Ce soir, il faut qu’on se parle ! Dans un premier temps, on va se mettre devant le Seigneur. Le dialogue va être tout à fait différent !

Relisez Romains 8, 26 ! Dieu nous donnera toujours ce qu’il nous faut.

Notre effort humain demeure, mais il est transformé. Â»

Pardonner

« On rêve tous de mener sa vie par soi-même. Le péché originel, c’est dire : « Je vais me débrouiller sans toi ! Je suis assez grand pour savoir ce que j’ai à faire ! Â»

A tout moment, on peut revenir, on peut recommencer. On re-choisit le Seigneur et son pardon. Jamais Dieu ne nous enferme dans nos erreurs. On peut toujours recommencer, c’est ce qu’on appelle la miséricorde. Ce n’est pas de ne pas pécher qui est important, c’est de se relever.

Si vous savez vous pardonner dans le couple, si vous savez vous demander pardon, les chutes n’auront plus d’importance.

Puisque la miséricorde l’emportera, vous serez capable d’aimer l’autre au-delà de son péché, au-delà de ses limites. Vous serez comme Dieu : miséricordieux à votre tour. C’est ce qu’on dit dans le Notre Père : « Pardonne-nous (…) comme nous pardonnons (…) ! Â»

Dans le couple, c’est impensable autrement. Je peux rester blessé toute ma vie… Le Seigneur nous enseigne à aller jusqu’au pardon.

Pardonner, ça veut dire que je ne vais pas oublier l’offense, mais, si j’y pense, elle ne me fera plus mal, je ne serai plus amer. Vous n’oublierez pas ! Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est accepter l’autre comme il est. Mais, quand je vais penser à cette blessure, elle ne me fera plus mal. Il me reste une blessure là, mais si j’appuie dessus, elle ne me fait plus mal. Le sommet de la vie du couple, il est dans cette capacité à pardonner.

Le pardon, ce n’est pas possible pour nous ; ce n’est pas dans nos capacités. Jésus sur la croix ne dit pas à ses bourreaux : « Je vous pardonne ! Â» Jésus homme sur la croix, il passe par la puissance du Seigneur pour pardonner : « Père, pardonne-leur… Â».

Le Père Claude-Marie conclut : « Prendre les moyens chrétiens de vivre en tout : tous à la fois simples mais impossibles pour nous. Il faut les demander au Seigneur. Soyez dans le monde mais pas du monde. On va apprendre à réagir à un autre niveau. Autrement, vous ne ferez que de l’humain, tant mieux si ça marche… Nous allons puiser dans le Seigneur les forces qui nous manquent pour relever le défi du mariage, du sacrement, du couple, de la famille. Â»

*****

Après le dîner, à 20h30, nous nous retrouvons pour une seconde veillée. Jean-François et Marie-Françoise lisent à tour de rôle un texte de Michel Quoist : « L'amour n'est pas tout fait. Il se fait. (…) Il n'est pas appartement, livré clé en main, mais maison à concevoir, bâtir, entretenir et souvent réparer. (...) Â»

Chacun des couples est invité ce soir à renouveler les promesses de son mariage, à se redire : « Je te reçois comme époux / épouse et je me donne à toi pour t’aimer fidèlement tout au long de notre vie Â». Pour matérialiser cette démarche, Jean-François a réalisé pour chacun des couples un cÅ“ur en bois, dans lequel vient s'emboîter une petite bougie, avec nos deux prénoms gravés. Nous sommes ensuite bénis personnellement par le Père Claude-Marie ou le Père Patrick-Marie et nous chantons pour conclure : « Chantez avec moi le Seigneur, / Célébrez-le sans fin, / Pour moi il a fait des merveilles, / Et pour vous il fera
de même Â».

JOUR 3 : lundi 28 mai 2012

Les confitures semblent inépuisables ! Nous achevons notre petit-déjeuner, nous rangeons nos chambres et nous remplissons les coffres des voitures avant de retrouver le Père Claude-Marie et le Père Patrick-Marie à 09h30.

Ils sont côte à côte. « Ce qui était prévu, c’était des questions ! Â» La première est toujours la plus longue à venir.

Physiquement, ils sont très différents. Ils n’ont qu’un seul point commun… Et encore ! Même leurs barbes ne se ressemblent pas ! Celle du Père Patrick-Marie est aussi soignée que celle du Père Claude-Marie est indisciplinée. Voir le Père Claude-Marie, c’est voir un prophète, c’est rencontrer Soljenitsyne ! Ensemble, ils forment un duo magnifique : ils s’écoutent, ils s’ajustent l’un à l’autre. Tels deux évangélistes, ils se complètent. Ils disent la même chose, mais avec des mots différents, des histoires différentes, une sensibilité propre.

Evolution ou Création ?

A Augustin qui s’interroge sur la compatibilité entre la Création et l’Evolution, la foi et la science, le Père Claude-Marie répond : « Il n’y a que si tu fais cohabiter les deux que tu es intelligent ! Sois cartésien et homme de foi et tiens les deux ! Les deux absolus sont nuls ! La foi et la science sont faites pour vivre ensemble. Si on les sépare, on devient déjà un petit peu borné, ce n’est pas bon !

« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Â»

Pour nous chrétiens, on ne peut pas supprimer ce verset-là de la Bible. L’homme est une création personnelle de Dieu. Dieu n’a pas créé une espèce qui a évolué, c’est une création tout à fait à part. Nous ne sommes pas des singes évolués dans l’acte créateur. Pour autant, tenir qu’il n’y a que le créationnisme, c’est complètement débile ! assène le Père Claude-Marie. On ne fait qu’évoluer ! La preuve, c’est que moi je ne rentre plus dans mes culottes courtes ! Toute la dynamique de la vie humaine est une évolution.

La Genèse, ce sont des images symboliques pour nous faire comprendre la création. La Bible ne prétend pas donner l’explication scientifique. La Bible ne dit pas « comment Â», elle dit « pourquoi Â» : parce que tu es aimé de Dieu ! La science dira « comment Â»... Â»

Le Père Claude-Marie dans les choux ?

« Il n’y a qu’une seule vocation sur la terre, c’est la conjugalité ! Résume le Père Claude-Marie. La seule vocation profonde, voulue par Dieu, c’est la communion d’amour entre les époux. Alors moi je suis dans les choux parce que je n’ai pas d’épouse ? Moi, je me situe également dans la conjugalité. Je ne suis pas célibataire parce que l’Eglise me l’a imposé. J’ai été « appelé Â» à être célibataire consacré ! J’ai compris, en même temps que Son appel, que ma conjugalité, c’est-à-dire l’engagement que je prenais, c’était vis-à-vis du Christ. Cette alliance que je porte à la main en est le signe. Je vis avec le Christ à longueur de temps et je suis amoureux de lui, vraiment, profondément. Je sais que Lui, Il n’est jamais infidèle… C’est quand même un gros avantage par rapport à d’autres ! Moi je ne peux avoir deux amours. J’ai compris que me donner à Dieu, c’était toute ma vie.

Tout être est appelé à la conjugalité, la communion d’amour, que ce soit avec un être humain ou avec le Seigneur. Moi, je vous assure que je suis heureux comme ça, j’espère que ça se voit ! Â»

Agir ou Prier ?

« Je suis surbooké ! Â» Pour le Père Patrick-Marie, tel est le refrain d’un certain nombre de prêtres. Le Père Claude-Marie le déplore : « On a voulu rejoindre le monde et s’engager dans le monde, c’est une bonne idée… Malheureusement, on n’a pas su faire les deux : s’engager dans le monde tout en restant profondément spirituel. L’engagement, petit à petit, n’a plus eu beaucoup de force et de sens et s’est laissé gagner par l’esprit du monde. On a besoin de redécouvrir avec force la dimension spirituelle. Nous nous rendons compte tout le temps qu’un des grands drames de nos communautés chrétiennes, c’est d’être des communautés qui ne vivent pas suffisamment dans la prière. La force la plus grande, c’est là qu’elle se trouve. On pourrait se dire : « Il faut s’engager, il faut agir… Â» Mais agir au nom de qui ? Avec la force de qui ? Si c’est en notre nom avec notre force, ce n’est même pas la peine ! Il faut rencontrer le Seigneur, il faut Le fréquenter, il faut être Son intime, il faut sans arrêt venir devant Lui, se mettre à Son écoute, vivre de Lui. Â»

Le Père Claude-Marie raconte encore cette anecdote. Les sÅ“urs viennent demander à Mère Teresa la permission de supprimer l’office du milieu du jour (parce qu’elles avaient 20 mn de prière), en disant :

« Nous sommes débordées dans les mouroirs ! Si nous voulons nous occuper des pauvres, il faut supprimer ce temps de prière…

- Doublez-le tous les jours ! Â» Leur répond Mère Teresa.

Le Père Patrick-Marie observe quant à lui : « Un chrétien n’a pas à mener une action efficace. Nous sommes sur le registre de la fécondité. Et la fécondité puise sa force dans l’union au Christ. Â»

Comment prier ?

Le Père Claude-Marie nous l’assure : « Le Seigneur est plus sensible à notre désir intérieur qu’aux prières qu’on lui fait en exprimant les choses. C’est pourquoi on peut recevoir des grâces qu’on n’a pas demandées ! Ce qu’il veut nous donner, il nous le fait désirer. On fait le contraire aujourd’hui en éduquant les enfants : on leur donne des choses qu’ils n’ont pas demandées !

Il nous donne ce qu’on a désiré, qu’on n’a peut-être pas exprimé !

A côté de ça, on peut demander au Seigneur une grâce. Il vous la donnera toujours… mais pas forcément au moment où vous la demandez. Il va falloir encore désirer ! Un grand cadeau qui n’est pas désiré n’est pas accueilli, peut être même massacré. Il va se servir du temps justement pour que, quand il nous donnera la grâce, notre cÅ“ur puisse vraiment l’accueillir !

Si vous demandez de gagner au loto, ce n’est pas forcément une priorité pour le Seigneur.

Il y a toujours deux aspects dans la prière. « Donne-nous notre pain… mais que Ta volonté soit faite ! Â» La prière chrétienne, c’est une prière qui dit son besoin mais qui s’en remet à Dieu : Tu sais mieux que moi ce qui me convient ! Â»

Tolérance ou Charité ?

Le Père Patrick-Marie n’y va pas par quatre chemins : « Tolérance et charité ne font pas bon ménage ! La tolérance n’est pas une valeur chrétienne. On peut l’opposer à la charité qui est une notion d’exigence. Il n’y a aucune exigence dans la tolérance ; c’est un positionnement très laxiste, très ouvert, mais qui ne pose aucune exigence vis-à-vis de l’autre : « Je te tolère comme tu es ! Tu n’as même pas à changer ! Â» La notion de tolérance entraîne un désengagement vis-à-vis de l’autre. Derrière une notion qui peut paraître très bienveillante et très humaniste, on contribue à détruire la personne humaine et la société.

Seule la charité peut édifier la personne. Nous sommes appelés à aimer le pécheur mais à combattre le péché. Ça, c’est la charité ! Accepter l’autre tel qu’il est, avec ses faiblesses, ses failles. Mais en même temps, être capable de lui dire : « Je ne suis pas d’accord avec toi ! Telle dimension de ta vie te détruit, te fait du mal ! Â»

Claude-Marie complète : « La charité est toujours éducative. La charité va dans le sens de toujours aider l’autre à aller plus loin. Dans le couple, le projet, c’est que l’autre puisse s’épanouir et grandir et prendre sa véritable dimension : être de plus en plus ajustée au projet de Dieu, à son amour.

Dire « Je te tolère ! Â», ça veut dire : « Quoi que tu fasses, j’en ai rien faire ! Fais ce que tu veux ! Â» A celui qui va se suicider, on va dire : « C’est ton choix ! C’est bien ! Â»

La charité considère la personne humaine dans sa dignité et va donc dénoncer tout ce qui éloigne de cette dignité. Â»

Prendre les armes pour défendre les valeurs chrétiennes ?

Le Père Patrick-Marie cite saint Augustin (354 – 430) : « A force de tout voir, nous avons fini par tout admettre ; à force de tout admettre, nous avons fini par tout approuver ! Â»

« Aujourd’hui, on est imprégné par l’idée de tolérance, par l’impératif de non-discrimination. Ça va conduire à une société dépressive, agressive. On déstructure la personne en agissant ainsi, avertit le Père Patrick-Marie. Dans le même temps, les valeurs chrétiennes sont combattues. Il n’y a pas plus intolérant qu’une personne qui prêche la tolérance ! remarque-t-il.

Le Père Patrick-Marie observe également un glissement progressif et continu : « La grande difficulté autour de laquelle nous tournons, c’est que notre vocabulaire hérité de la civilisation judéo-chrétienne est supplanté par un autre vocabulaire. Quand on parle de vérité, le monde d’aujourd’hui parle de sincérité ou d’authenticité. Quand on parle de charité, il parle de tolérance. Et ainsi de suite. On ne se comprend plus ! Â»

Il rappelle néanmoins l’exhortation de saint Paul : « Ne vous modelez pas sur le monde présent ! Â» (cf. Romains, 12).

Dans ces conditions, comment démasquer le mal qui se cache parfois sous des dehors bienveillants ? S’il ne fait pas de doute qu’il faut combattre la mentalité ambiante et résister contre la déchristianisation, la question se pose de savoir quelles armes employer.

Pour le Père Claude-Marie, notre réponse de chrétien, c’est la qualité de nos vies. « Le plus beau signe que l’on puisse donner au monde, avant même de parler, c’est de vivre une vie chrétienne de qualité. Si nos familles sont des familles heureuses, épanouies, en lien avec les autres, c’est le meilleur témoignage qu’on puisse donner, c’est la meilleure arme. Il ne s’agit pas de prendre les moyens du monde. Notre seul moyen, c’est l’Evangile et la charité.

Il nous faut agir à deux niveaux :

  • purifier sa vie, grandir en sainteté pour donner un témoignage fort d’amour et de beauté ;
  • prendre le temps de se former, de réfléchir, pour pouvoir rendre compte de sa foi.

Pour que notre témoignage passe, il faut se souvenir que notre appel le plus profond, c’est notre appel au bonheur. L’Evangile c’est : « Heureux ! Â». Le sommet de l’Evangile, c’est les Béatitudes ! Tout homme a au fond de son cÅ“ur le désir d’entendre parler du bonheur et de l’amour. Tout homme aspire à La Vérité. Il y a le désir du Beau, du Bon ! Avant même de donner des règles qui peuvent structurer, qui sont nécessaires, il faut qu’on soit des êtres heureux qui témoignent que notre vie chrétienne nous épanouit. Â»

Pendant ce temps, les enfants sont dehors. Les plus jeunes confectionnent des fleurs en papier et les colorient. Au cours de la messe qui suit, ces fleurs sont déposées au pied de l’autel. François et Carole participent à l’offertoire.

A 11h30, le spectacle des enfants commence : Solène est la narratrice, les enfants (Clara, Marie-Noëlle, Flavie, Marie…) miment des tableaux : l’Annonciation (Marie et l’Ange) ; la Visitation (Marie et Elisabeth) ; la Nativité (Marie, Joseph et les bergers).

Le déjeuner fini, nous nous séparons sans empressement. La session est terminée. Les voitures quittent le parking les unes après les autres, comme à regret. Il n’en reste plus qu’une. Un ouvrier vient dans sa direction. Il est habillé d’un bleu de travail gris de poussière, une casquette lui masque le haut du visage. Il pousse une brouette et s’approche lentement… Il est barbu… C’est le Père Patrick-Marie ! Méconnaissable ! C’est lui, l’intellectuel, qui s’occupe du terrassement autour de la tonnelle ! Ora et labora !

François-Xavier, papa d’Elise, le 18 juin 2012.